ILS ONT FAIT LE PCF

LOUIS BURTIN, MORT POUR AVOIR DEFENDU LA CLASSE OUVRIERE

 

                                              Portrait de de Louis Burtin dans le local CGT de Solvay Dombasle.


Louis Burtin naît le 7 novembre 1900, à Mouacourt (Meurthe-et-Moselle - 54). Il a (au moins) un frère aîné, Charles, Lucien, né le 7 septembre 1895 à Mouacourt.

Il travaille comme peintre-vitrier aux établissements Solvay (multinationale de produits chimiques).

Au moment de son arrestation, Louis Burtin est domicilié dans un pavillon au 24, rue des Champs Fleury à Dombasle-sur-Meurthe, 10 km au sud-est de Nancy (54). Il est marié avec Marcelle, née le 8 janvier 1902, lingère. Ils n’ont pas d’enfant.

En 1937, Louis Burtin est secrétaire du syndicat CGT des Produits chimiques. Secrétaire de la section communiste de Dombasle, il est délégué au congrès du PCF à Arles, en décembre de cette même année.

En 1939, il fait partie du bureau régional du PCF.

Louis Burtin est mobilisé en 1940 : il est arrêté en avril 1940 pour ses opinions politiques et interné trois mois à la prison militaire de Toul. Il est fait prisonnier en juin 1940 et interné au Stalag de Trèves, puis libéré comme affecté spécial à l'usine Solvay pour raisons de santé. Mais Solvay ne le réembauche pas « étant donné ses responsabilités syndicales ». Il part travailler en Moselle, près de la frontière allemande. Il est arrêté le 21 juin 1941, lors de sa première visite à sa famille à Dombasle, en raison de ses activités syndicales et politiques


(Le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom « d’Aktion
Theoderich », les Allemands arrêtent dans la zone occupée et avec l’aide de la police française plus de mille communistes. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”).

Le 21 juin 1941, Louis Burtin est donc arrêté puis interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise - 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 - Polizeihaftlager) [1]. Pendant un temps, il est assigné au bâtiment A4 avec le matricule 1072.

Entre fin avril et fin juin 1942, Louis Burtin est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande (en application d’un ordre de Hitler).

Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30. Le voyage dure deux jours et demi. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.

Le 8 juillet 1942, Louis Burtin est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le
numéro 45317.
                                                      Lors de l’enregistrement à Auschwitz, le 8 juillet 1942.
                                                      Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oswiecim, Pologne.
                                                                Collection Mémoire Vive. Droits réservés.



Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit.

Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont
répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés au travail dans différents Kommandos.

Le 13 juillet - après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau - Louis Burtin est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir.

Les 28 et 29 octobre, Louis Burtin est inscrit sur un registre du Block des maladies contagieuses
(n° 20) de l’hôpital d’Auschwitz.

Il meurt à Auschwitz le 14 novembre 1942, d’après les registres du camp.

Le 27 octobre 1942, le préfet de Meurthe-et-Moselle signe un arrêté ordonnant l’internement
administratif de Marcelle Burtin, syndiquée à la Fédération de la Lingerie de 1936 à 1937. Conduite au centre de séjour surveillé d’Écrouves, près de Toul (54), elle en est libérée le 31 novembre 1942 après avoir déclaré « sur l’honneur se rallier au nouvel ordre social et respecter l’ordre du Maréchal Pétain », s’engageant « en outre de ne plus avoir de relations syndicales » [sic].

En 1946, le Conseil municipal de Dombasle donne le nom de Louis Burtin à la rue des Écoles.

La section locale CGT lui éleva une tombe symbolique au cimetière, et y dépose chaque année unegerbe, à la date de la journée de la Déportation. En épitaphe on peut lire :
                                 
                                                       « Mort pour avoir défendu la cause ouvrière ».

Sources :

 Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005, pages 73, 367 et 397 

Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, sous la direction de Jean Maitron,
Éditions de l’Atelier/Éditions Ouvrières 1990-1997 CD-rom version 3.61, citant : Le Réveil Ouvrier, 25 décembre 1937, 22 janvier 1938 - La Voix de l’Est, 2 mars 1946 (article nécrologique).
 Archives départementales de la Côte-d’Or, Dijon (cote 1630, article 252).
 Jean-Claude et Yves Magrinelli, Antifascisme et parti communiste en Meurthe-et-Moselle, 1920- 1945, Jarville, avril 1985, pages 100, 135, 229 et 359.
 Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, Pologne, Bureau d’information sur les anciens
prisonniers (Biuro Informacji o Byłych Więźniach) ; relevé dans les archives (01-2009).


[1] L’ “Aktion Theoderich” :

L’attaque de l’Union soviétique, le 22 juin 1941, se fait au nom de la lutte contre le “judéo-
bolchevisme”. Dès mai 1941, une directive du Haut-commandement de la Wehrmacht pour la “conduite des troupes” sur le front de l’Est définit le bolchevisme comme « l’ennemi mortel de la nation national-socialiste allemande. C’est contre cette idéologie destructrice et contre ses adeptes que l’Allemagne engage la guerre. Ce combat exige des mesures énergiques et impitoyables contre les agitateurs bolcheviks, les francs-tireurs, les saboteurs et les Juifs, et l’élimination allemande de toute résistance active ou passive. » Hitler est résolu à écraser par la terreur - à l’Ouest comme à l’Est - toute opposition qui viendrait entraver son effort de guerre.

Le jour même de l’attaque contre l’Union soviétique, des mesures préventives sont prises dans les pays occupés contre les militants communistes - perquisitions à leur domicile et arrestations - et des ordres sont donnés pour punir avec la plus extrême sévérité toute manifestation d’hostilité à la puissance occupante. En France, dans la zone occupée, au cours d’une opération désignée sous le nom de code d’Aktion Theoderich, plus de mille communistes sont arrêtés par les forces allemandes et la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne, créé à cette occasion pour la détention des « ennemis actifs du Reich » sous l’administration de la Wehrmacht. Au total, 1300 hommes y seront internés à la suite de cette action. 131 d’entre eux, arrêtés entre le 21 et le 30 juin, font partie de ceux qui seront déportés dans le convoi du 6 juillet 1942.


 
                                         Délégation de la FNIC au Congrès de Nantes - 1938




Louis Burtin est l’un des 28 délégués de la Fédération de la Chimie (FNIC) au 25 ème Congrès
confédéral de la CGT à Nantes, les 14-17 novembre 1938. Il est le 3 ème en haut en partant de la gauche sur cette photo de la délégation, où figurent plusieurs responsables syndicaux fusillés par les nazis : Jean Poulmarch, Jean Carasso, Louis Canton, Henri Messager (document et recherches de
Jean-Paul Nicolas, syndicaliste, collaborateur du Maitron, dictionnaire du mouvement ouvrier). Robert Letellier du Calvados sera déporté avec lui à Auschwitz.


 

 

LUCIENNE GAUTRY, DEPORTEE NACHT UND NEBEL, REUSSIT SON EVASION


Lucienne CLAUSS est née à Lunéville, le 23 janvier 1910. Le 17 mai 1932, elle est embauchée comme ouvrière chez LEVY, une entreprise familiale ancienne sise rue de l’abbé Gridel à Nancy où l’on fabrique des chaussures. Elle y rencontre Gaston GAUTRY, né le 21 mars 1915 à Nancy, ouvrier comme elle embauché depuis le 15 mai 1935. Ils vivent un temps maritalement, deviennent les parents d’une petite Jocelyne le 11 janvier 1937, se marient à Nancy en février 1939. Le couple s’installe au n° 23, rue du général Fabvier. Ils se syndiquent à la CGT sous le Front Populaire. Ils ne sont pas adhérents au PCF et ne figurent dans aucun des fichiers politiques des différents services de police.

Gaston est mobilisé, fait prisonnier, interné au stalag XI B, affecté au kommando de travail 605.

Nous connaissons les motifs, les circonstances et les conséquences familiales de l’arrestation de Lucienne GAUTRY par le rapport de l’inspecteur BAJOT adressé au chef de la 15ème Brigade Régionale de Police de Sûreté le 13 avril 1943. Lucienne et sa fille connaissent, comme beaucoup de femmes de Prisonniers de Guerre, une situation difficile avec un salaire en moins pour vivre. C’est une des raisons qui la conduise à louer, en avril 1942, pendant une dizaine de jours, un petit studio vacant situé en dessous de leur appartement, à une personne qu’elle présente aux autres locataires de son immeuble comme étant son frère. Le 10 août 1942, la SIPO vient arrêter Lucienne pour « recel de malfaiteur », pour avoir hébergé Giovanni PACCI, responsable régional FTP, dont la tête était mise à prix depuis avril et qui a été capturé, en revenant de Paris, par la police allemande le 11 mai 1942 (1). Elle est incarcérée au Quartier Allemand de la prison Charles III. Dans la nuit du 22 au 23 septembre,
elle est transférée à la prison de la Santé à Paris puis, le 13 octobre, à la prison de Fresnes. Sa fille est confiée à une voisine, Mme Berthe CHATELAIN, à laquelle les services préfectoraux attribueront l’allocation familiale spécifique.

Le 28 février 1943, sans nouvelle de Lucienne, Gaston adresse de son stalag une longue lettre au Procureur de l’Etat Français à Nancy dans laquelle il explique les raisons financières qui ont conduit sa femme à louer le studio et à entretenir le linge de Giovanni PACCI, impute son arrestation à une vengeance de PACCI (2) et lui demande de bien vouloir chercher où elle est internée en Allemagne.

Il n’obtiendra aucune réponse précise car Lucienne a été déportée Nuit et Brouillard (3). Le 22 octobre 1942, elle fait partie d’un convoi composé de 36 hommes et 3 femmes, parti de la gare de l’Est à Paris à destination d’Aix la Chapelle, via Trèves. Les déportés sont placés dans des wagons de 3ème classe aux fenêtres grillagées, dont les compartiments ont été aménagés en cellules. A Trèves, les hommes descendent pour rejoindre le SS – Sonderlager Hintzert. Les 3 femmes poursuivent leur voyage jusqu’à la prison d’Aix le Chapelle. De là, elles sont envoyées à Flussbach en attendant leur transfert au tribunal de Breslau qui doit les juger. Elles seront évacuées à la prison de Jauer puis de là, envoyées à celle d’Aichach. C’est à l’occasion de ce transfert que Lucienne s’évade, le 2 février 1945. Elle ne sera pas reprise. C’est la seule personne de ce convoi à réussir son évasion. Sur 39 déportés, 21 trouveront la mort, 18 seront libérés ; Lucienne est de ces rescapés (4).

A l’été 1945, la famille GAUTRY est à nouveau réunie à Nancy.


Lucienne GAUTRY, bien que non communiste, a subi la déportation NN pour avoir organisé l’hébergement du responsable régional FTP recherché par les polices française et allemande.
Le sort qui lui a été réservé confirme que la SIPO applique systématiquement le décret NN à toute personne coupable, à ses yeux, du délit de « recel de terroriste ». D’autres personnes, communistes ou sympathisantes, subiront le même sort pour le même motif : les membres de la famille LAMBING de Champigneulles ou de la famille VILMINOT de Nancy qui avaient offert l’hébergement au successeur de Giovanni PACCI aux responsabilités de chef militaire régional FTP, Marcel SIMON, de Mme FRANCOIS et ses deux filles, de Nancy, pour avoir donner l’hébergement aux membres de la direction régionale clandestine des FTP venue de Haute - Saône, dont BUFFARD qui a succédé à Marcel SIMON et GREGOIRE, le responsable aux effectifs.

(1) : Au moment de son arrestation, Giovanni PACCI logeait dans un petit meublé sis au 5, rue Saint Nicolas (Rapport du commissaire central de Nancy du 13 mai 1942)
(2) : La « déposition » de Giovanni PACCI à la SIPO est l’objet d’un procès verbal d’audition daté du 23 juin 1942. Mme GAUTRY ne figure pas dans la liste des communistes dressée lors de cette audition, qui résident tous dans le bassin de Briey.
Constatons que la police allemande parvient à identifier cette dernière et à l’arrêter à l’occasion de la grande rafle des militants dénoncés qu’elle organise dans toute la région entre le 8 et le 30 août 1942.
(3) : Mme GAUTRY ne figure pas sur la liste des « femmes du territoire relevant de l’autorité militaire allemande en France » du livre « Nuit et Brouillard. L’opération terroriste nazie, 1941– 1944 » de Karol JONA et Alfred KONIECZNY (p. 433 à 463).
La cause pourrait en être son évasion, avant qu’elle ait pu être jugée par un tribunal allemand.
(4) : La fiche de « Sécurité » destinée au Bureau de la Sécurité Militaire qu’elle renseigne à son retour de déportation, au centre de rapatriement, ne mentionne pas l’évasion. Elle indique que pendant sa période d’incarcération, elle a été employée comme « soudeuse ».

Sources :
Archives départementales : 1739W17
Association pour la Fondation de la Mémoire de la Déportation : Livre Mémorial de la
Déportation (convoi du 22 octobre 1942)







MARCELLE DESIRAT :
LE PRIX DU SILENCE FACE A L’ENNEMI




En même temps que se reconstituent progressivement les premiers groupes de trois à l’automne 1940, la direction clandestine du parti – Camille THOUVENIN, Hubert SENSIQUET, Gino PARENTELLI – se fixe l’objectif de faire reparaître la Voix de l’Est. Elle est consciente que l’expression du parti est impérative au moment où la classe ouvrière commence à subir les effets de l’Occupation allemande et de la politique réactionnaire de Vichy. Un appareil technique est mis en place à partir de décembre 1940 avec une petite imprimerie installée dans l’atelier de menuiserie de Jean EGGEN, rue Pichon, à Nancy ; un secrétariat chargé de la frappe, de l’édition et du conditionnement en paquets comprenant Marcelle DESIRAT, Maria DURIVAUX, Andrée HEU et Marie Lou BIRGY ; une liaison avec le département des Vosges assurée par Solange VIGNERON, qui réside à Senones (1). Début janvier 1941, le numéro 1 de la Voix de l’Est reparaît. Le préfet Jean SCHMIDT en conclut que le parti communiste est redevenu une force politique agissante – la seule force politique d’opposition capable de s’exprimer à ce moment -, dangereuse pour les bonnes relations qu’il a établies avec le Feldkommandant Von Bock. Il prend un arrêté, le 9 janvier 1941, lui permettant d’interner des « communistes notoires » désignés par les commissaires spéciaux et les brigades de gendarmerie, dans chaque ville où la Voix de l’Est est distribuée clandestinement. Les prisons de Nancy, Briey et Toul n’y suffisant plus, le préfet demande en avril et obtient des Autorités allemandes l’autorisation d’ouvrir en juillet 1941 un camp dit de séjour surveillé à Ecrouves, pour y interner tous ces communistes notoirement connus.
Marcelle SOLAIRE est née le 8 mars 1910 à Puteaux, dans le département de la Seine. Elle adhère au Parti Communiste, sera élue au bureau de la section du 7ème arrondissement de Paris avant guerre. Elle est rédactrice au ministère du travail. Elle rencontre un militant, Charles DESIRAT, dessinateur à la ville de Paris. Il est né le 2 mai 1907 à Paris. Ils se marient en janvier 1930. Un fils prénommé Claude nait cette même année. Charles devient secrétaire permanent du Secours Populaire Français le 1er janvier 1937. Le couple réside un temps à Puteaux puis au 2, rue Bocquillon dans le 15ème arrondissement de Paris avant de s’installer au 12, rue de Terrage dans le 10ème arrondissement jusqu’en octobre 1939. A l’occasion de la grève du 30 novembre 1938, Marcelle est suspendue pour deux ans, à compter du 2 décembre 1938. Elle devient alors l’une des secrétaires du groupe communiste de l’Assemblée Nationale, un poste de confiance qui nécessite de grandes capacités techniques. Charles, démobilisé, revient à Paris et renoue avec le parti. Il est arrêté le 13 janvier 1941 boulevard Saint Germain, lors d’une manifestation de soutien aux militants internés. Il est condamné en mai à 18 mois de prison par la Cour d’Appel de Paris « pour reconstitution de parti dissous ». Les Allemands s’en saisissent et l’internent au stalag 122 de Compiègne. Il est l’un des internés qui, le 22 juin 1942, réussissent à s’évader ; dès lors, sous la fausse identité de PETIT René alias Henri, il est envoyé dans les Vosges pour y développer les groupes du Front National. Pris dans une souricière de la 15ème Brigade Mobile de Police de Sûreté le 17 novembre 1942 à Nancy avec son agent de liaison Edmonde CHAUMEIL née le 17 janvier 1915 à Paris, sous le fausse identité de PERRAULT Eliane alias Claire, il est remis aux Allemands et déporté à Sachsenhausen le 24 janvier 1943.
Sa suspension ayant été écourtée, Marcelle est réintégrée au ministère du travail. A la débâcle, elle est évacuée à La Haye Descartes, ville située en Indre et Loire, à une vingtaine de kilomètres de Châtellerault. Après la défaite, elle est affectée par mesure disciplinaire en Lorraine, d’abord à Laloeuf, un petit village situé non loin de Vézelise, puis à Nancy à l’été 1940. Elle réussit à garder une liaison avec la direction clandestine du Parti à Paris, par des contacts avec Jean Catelas et Joseph Roques dit Antoine, l’interrégional 21 c'est-à-dire l’agent de liaison de la direction clandestine du Parti pour la région lorraine. A Nancy, elle loue un appartement au n° 10, rue de la Garenne. Aux Assurances Sociales de Nancy, elle travaille comme rédactrice – vérificatrice et se lie d’amitié avec une employée, militante nancéienne, Marie DURIVAUX. Par elle, Marcelle entre en contact avec la direction clandestine régionale, notamment Camille THOUVENIN, avec des militantes comme Solange VIGNERON et le couple Andrée et Henri HEU. L’équipe technique féminine se forme à ce moment, permettant la reparution de la Voix de l’Est en janvier 1941. Dans ses contacts, elle a pris pour pseudo son propre prénom, Marcelle.

Bien sûr, le Secrétaire d’Etat au Travail a enjoint à la Direction des Services des Assurances Sociales de Nancy de procéder à « une surveillance particulière et suivie sur les faits et gestes de Mme DESIRAT… ». Marcelle, depuis son arrivée à Nancy, se montre discrète et son Directeur ne relève absolument rien contre elle. Il aura la surprise d’apprendre, de la bouche du commissaire GOUYOT, de la 15ème Brigade, venu perquisitionner le bureau de Marcelle, qu’elle a été arrêtée le jour même, 22 octobre 1941 à 14 heures. Marcelle est relevée immédiatement de ses fonctions puis, par arrêté du 3 décembre 1941, révoquée par le Secrétaire d’Etat au Travail, à compter du 9 novembre 1941.
Dans son rapport du 23 octobre 1941, le commissaire divisionnaire Roger BARTHELET précise dans quelles circonstances a eu lieu l’arrestation : « Dans l’après midi du 22 courant, les Services de la 15ème Brigade Régionale de Police Judiciaire étaient informés, de source confidentielle (2), que la nommée SOLAIRE Marcelle – Charlotte, Désirée, femme DESIRAT, dite « Marcelle »,… s’occupait de l’organisation de la propagande communiste dans les départements de Meurthe et Moselle et des Vosges, et qu’elle venait de recevoir un paquet d’imprimés dissimulés à son domicile…Agissant en exécution d’une Commission Rogatoire de ce Magistrat Instructeur (3), la 15ème Brigade régionale de Police Judiciaire a procédé à une perquisition… Cette opération a permis de découvrir cachés dans un poële en faïence des imprimés dont 375 exemplaires du « Trait d’union des familles de prisonniers de guerre » et des stencils vierges, entre le sommier et le matelas de son lit quelques exemplaires de tracts à reproduire dont la Voix de l’Est N° 15, sur un meuble une machine à écrire portative, le manuel Histoire du Parti Communiste de l’URSS, le « Bulletin du Secours Populaire de France » de juin1941, des feuilles pour tirage ronéographique et dans la trousse à maquillage de son sac à main une petite feuille pliée avec des notes codées…(3). La femme DESIRAT, malgré un interrogatoire minutieux, a refusé de préciser le rôle qu’elle joue dans la propagande communiste et de donner des indications permettant d’identifier et de découvrir les personnes, connues d’elle, comme se livrant à la dite propagande… ». Marcelle est présentée au juge KAUFFEISEN à 17 heures, ne dit rien de plus que ce qu’elle a déclaré aux policiers de la 15ème Brigade. Inculpée de reconstitution de parti dissous, elle est placée le soir même sous mandat de dépôt et écrouée au quartier français de la prison Charles III. A ce moment, Marcelle « est dans un état de grossesse avancée », écrit le Directeur des Assurances Sociales dans un rapport confidentiel à Vichy, daté du 24octobre 1941.

Le 8 novembre 1941, comparaissent devant la Section Spéciale près de la Cour d’Appel de Nancy Marcelle et Pierre BREIDICK, inculpés d’avoir  « à Nancy, dans le courant de l’année 1941, contrevenu aux dispositions du décret – loi du 26 septembre 1939 (portant dissolution du PCF) et de la loi du 14 août 1941, réprimant les menées communistes… ». Marcelle et Pierre déclarent ne pas se connaître. Le Procureur Laville, suivant les rapports de la 15ème Brigade, fait de Pierre le complice de Marcelle. Maître BOURJAULT demande l’indulgence de la Cour pour Marcelle ; Maître LAVERNY plaide l’acquittement de Pierre car, selon une note de Jean SCHMIDT adressée à la Feldkommandantur 591 le 15 décembre 1941, « aucun fait précis n’a été relevé contre lui ». Marcelle est condamnée à 8 ans de travaux forcés, Pierre à 2 ans d’emprisonnement. Marcelle est la première militante de Lorraine à être condamnée, la seule à être si lourdement condamnée durant toute l’existence de cette justice d’exception, entre 1941 et 1944.

L’Echo de Nancy, qui donne de l’importance à l’installation de la Section Spéciale en septembre puis à ses premiers arrêts rendus, fait un gros titre de la condamnation de Marcelle, dans son numéro du 10 novembre 1941. Il estime qu’avec Marcelle, « c’est un membre de l’état-major du parti qui est venu s’asseoir sur le banc des inculpés en compagnie d’un comparse. Mme DESIRAT était en effet une propagandiste d’autant plus dangereuse qu’elle s’efforçait de passer inaperçue. Aucun soupçon ne s’était encore porté sur elle quand le 22 octobre ordre fut donné de perquisitionner à son domicile… Un anonyme venait de signaler qu’on y trouverait sans doute des «choses intéressantes. Cette perquisition fut particulièrement fructueuse… ». C’est par la presse que la Feldkommandantur 591 de Nancy apprend la nouvelle. Elle réagit le 14 novembre 1941 par une note de PFEIDERER, le chef des services de police, en demandant au préfet régional Jean Schmidt la transmission du dossier DESIRAT et de « prendre les mesures nécessaires afin que la Feldkommandantur reçoive communication de l’activité courante des instances (françaises)… ». Bref, l’occupant exige que les dossiers établis par les forces de police et la justice françaises lui soient transmis en priorité. Jean SCHMIDT s’exécute : le dossier DESIRAT de la 15ème Brigade est transmis à la FK le 25 novembre ; le dossier de la Section Spéciale le 15 décembre. Le dossier de Pierre BREIDICK est transmis, sur demande faite par PFEIDERER le 26 novembre. Ainsi donc, l’arrestation de Marcelle est l’occasion pour la Feldkommandantur 591 d’exiger – et d’obtenir – en priorité toutes les informations et tous les dossiers relatifs à l’activité communiste, qui touchent aux intérêts des autorités d’occupation. Le sort des deux condamnés est désormais entre les mains des Allemands.

Pierre BREIDICK est né le 23 décembre 1913 à Metz. Il y réside jusqu’à la guerre. Il adhère au Parti Communiste en 1938. En décembre 1940, il est relevé de ses fonctions d’instituteur intérimaire qu’il exerce à Piennes en raison de ses origines israélites. Il s’installe à Nancy, rue Crépin, le 10 mars 1941. Il est embauché comme employé de bureau et interprète par la Laiterie Saint Hubert à Nancy. Ecroué depuis son arrestation au Quartier Français de la prison Charles III, il passe au Quartier Allemand le 8 mars 1942. Le lendemain, il est fusillé comme otage à la Malpierre.

Marcelle, qui purge sa peine au Quartier Français de la prison Charles III, donne naissance à un petit garçon qu’elle prénomme Michel, le 6 décembre 1941. Elle souffre du dénuement dans lequel son bébé et elle-même se trouvent, au milieu des internées de droit commun. Seule une infirmière pourra lui apporter réconfort et soutien. Le 9 mars 1944, la maman et l’enfant sont transférés à la prison allemande de Chalons – sur – Marne. Elle dira après guerre sa joie de «  retrouver la solidarité à la prison de Chalons après l’immense solitude à Charles III ». Le 2 mai 1944, elle est transférée au fort de Romainville. Le 13 mai 1944, Marcelle fait partie du convoi de déportées à destination de Ravensbrück, avec cinq des résistantes membres du groupe Buffard – Gambetta démantelé à Nancy en février 1944. L’enfant Michel a été confié à la mère de Marcelle qui décède peu après. Une institution religieuse de la région lyonnaise le prend en charge jusqu’à la fin de la guerre. Marcelle est libérée à Bergen Belsen le 15 avril 1945, rapatriée le 17 mai. Elle retrouve Paris le 25 mai. Marcelle sera homologuée au titre du Front National au grade d’adjudant, le 6 juillet 1948.

A l’été 1945, Marcelle, Claude, Michel et Charles, rentré de déportation (4), sont réunis. Une petite Annie naît le 15 août 1946. Toute la famille vit à nouveau au 12, rue de Terrage dans le 10ème arrondissement de Paris.

(1) : De l’équipe féminine de la Voix de l’Est, Marcelle est la seule survivante :
  • Maria DURIVAUX, déportée Nuit et Brouillard le 3 décembre 1942, est décapitée le 25 août 1944 à la prison de Breslau.
  • Andrée HEU, déportée Nuit et Brouillard le 9 juillet 1942, est décapitée le 11 mai 1944 à la prison de Cologne
  • Marie Louise BIRGY, déportée Nuit et Brouillard le 9 juillet 1942, est décapitée le 11 mai 1944 à la prison de Cologne
  • Solange VIGNERON, déportée Nuit et Brouillard le 9 juillet 1942, est décapitée le 11 mai 1944 à la prison de Cologne
La petite imprimerie sera planquée au printemps 1941, à Messein, dans une maison d’éclusier appartenant à Madame TRAVERS dont le fils sera arrêté dans la nuit du 10 au 11 novembre 1941 par la gendarmerie de Neuves Maisons à l’occasion d’une distribution de tracts et fusillé comme otage au Mont Valérien, le 12 janvier 1942. Les Allemands, la police française ne réussiront pas à s’en saisir. Elle sera réutilisée à la Libération.
(2) : Le concierge serait cette source confidentielle.
(3) : La partie en italique est un résumé du rapport de police, qui détaille longuement le matériel saisi.
(4) : Charles DESIRAT est l’un des fondateurs en 1945 de l’  « Amicale des Déportés et Familles du camp d’Oranienburg – Sachsenhausen et kommandos », qu’il présidera pendant 35 ans.

Souces :
Archives de Meurthe et Moselle : 2101 W 3, 1960 W 37, 1447 W 6 à 9, 1739 W 5, ZY III – 302
Bibliothèque Municipale de Nancy : Echo de Nancy, 10 novembre 1941
Attestation du Secrétariat national du Front National de Lutte pour l’Indépendance de la France, établie le 12 septembre 1950
Attestation du Secrétariat national du Front National de Lutte pour l’Indépendance de la France, non daté, parvenu au Conseil d’Etat le 14 mars 1956
Association Fondation pour la Mémoire de la Déportation de Meurthe et Moselle : La Malpierre, des héros anonymes, Nancy, 2012, 112 pages
Yves et Jean – Claude Magrinelli : Antifascisme et Parti Communiste en Meurthe et Moselle, SNIC Nancy, 1985, 378 pages et les annotations apportées par Mme Marcelle DESIRAT aux pages 135, 186 et 187, à une date non connue
Livre Mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation : convois des 9 juillet 1942, 3 décembre 1942, 24 janvier 1943 et 13 mai 1944.
Témoignage de Mme Sylvie DESIRAT : 17 novembre et 14 décembre 2012, 5 janvier 2013
Le Maitron. Dictionnaire biographique Mouvement ouvrier Mouvement social, Editions de l’Atelier, 2011






Gabriel Pelte, communiste, syndicaliste et chrétien!!




Né en 1929, aîné d’une fratrie de 9 frères et soeur, à 14 ans il entre au petit séminaire de Bosserville. Dans son courrier d’inscription, il indique : « que j’irais voir les ouvriers dans les cafés pour leur parler de Jésus Christ » !! Un projet de jeune, de jeune chien un peu fou.
Ces années d’études, ce regard sur la vie, vont lui donner une manière de penser, de décortiquer les paroles, les textes, les évènements, et vont lui servir plus tard pour l’action mais aussi dans sa façon de vivre.
Embauché en 1958 à l’Usine Solvay de Dombasle, il est affecté au service emballage et chargement, secteur Soude Caustique… Des conditions travail éprouvantes dues à la manipulation de ce produit dangereux. Pendant des années avec ses amis et camarades de travail, chacun portera de 40 à 50 tonnes de produits en sacs de 50 kilos…. Par jour… par homme…
En 1965, il travaille avec un copain délégué CGT et militant communiste. Gaby s’interroge : « Tu es Chrétien, tu prétends avoir la foi, et devant l’injustice, tu la fermes ?... » Et donc simplement, quand Marcel lui demande d’adhérer à la CGT, il le fait volontiers. L’année suivante, il est élu délégué du personnel et membre du comité d’établissement.
Ses activités ne plaisaient pas à tout le monde. Surtout sur son lieu de travail. Et ceux qui se prenaient pour le nombril du monde alors qu’ils n’étaient que de petits chefs, de petits cadres obéissant aux ordres d’ « en haut », ne se gênaient pas pour lui barrer la route à un meilleur travail, alors qu’il en avait les capacités. Arrimeur il a commencé sa carrière, arrimeur il est resté. Car Gaby n’était pas homme à courber l’échine.
Il adhère au PCF en 1981, au meeting de Georges Marchais à Nancy au Parc des expositions.
Il est resté membre du Parti jusqu’au bout. Et c’est d’une façon intègre, désintéressée, sincère que toute sa vie, il sera engagé, qu’il accomplira ses responsabilités.
Quelques phrases de Gaby (car il a beaucoup écrit) :
« Je suis né pauvre, je suis resté pauvre, et j’avoue n’en faire aucun complexe. Je goûte tant et tant de richesses avec les autres, celles et ceux de la classe ouvrière… »
« Je ne suis pas l’homme des certitudes. Sauf en ce qui concerne mon regard sur la société. On prône beaucoup trop l’individualisme aujourd’hui.
« Si nous laissons faire, nous irons vers une société sans joie parce que sans espoir. »
Gaby fait partie de ces gens comme on aimerait en rencontrer plus souvent.
Gaby, c’était l’humain d’abord







Florian OSVALD, un défenseur permanent des opprimés.

Florian OSVALD (1) est né le 30 novembre 1903 à Nancy. Son père est ouvrier en chaussures. Après son certificat d’études, il apprend le métier de chauffeur automobile et le deviendra.
Il se marie le 26 décembre 1925 à Neuves Maisons avec Marie CART – LAMY, née le 30 janvier 1904 à Suriauville, petit village près de Contrexéville, dans le département des Vosges. Le couple vit au n° 102, rue du Placieux à Nancy. Une petite Claudine nait en 1927.
Florian adhère au PCF à l’âge de 20 ans, en 1923. Il s’est syndiqué à la CGTU.
Il est candidat sur la liste du Bloc Ouvrier Paysan aux élections municipales du 5 mai 1929 à Nancy.
Avant guerre, il milite à la cellule de la Garenne. Il est aussi membre de la Commission Administrative de l’Office de Placement (2).
En 1939, Florian et Marie seront de ces couples de militants qui demanderont au préfet de Meurthe et Moselle l’autorisation d’accueillir dans leur foyer un enfant de l’Espagne Républicaine… Autorisation systématiquement refusée au motif principal que la Lorraine est considérée comme zone de guerre potentielle.
Il est mobilisé le 26 août 1939 à la 4ème Compagnie du Groupe Régional de Transport stationné à Nancy. Il est démobilisé le 30 janvier 1941.
Dans un rapport au préfet daté du 13 mars 1941, le Commissaire Spécial de Nancy propose son internement administratif avec le militant Lucien MEYER , à la suite d’une distribution de tracts à Villers les Nancy. Il le considère comme « un militant très actif qui n’a pas désavoué le parti communiste » après sa dissolution le 26 septembre 1939 à la suite de la signature du pacte germano – soviétique.
En application d’un arrêté du préfet Jean SCHMIDT daté du 17 mars 1941, il est arrêté le 22 par le chef de la sûreté à Nancy, le commissaire Albert BLANDIN, refuse de signer le procès verbal d’arrestation puis est immédiatement enfermé pour 15 jours à la maison d’arrêt de Toul. De sa prison, il adresse le 24 mars une lettre au préfet : « Nous ne pouvons être considérés comme des prisonniers de droit commun… » écrit – il et il développe 9 revendications constitutives d’un régime de droits particulier aux prisonniers politiques. Bien sûr, sa lettre n’aura aucune réponse. Elle aura confirmé l’autorité préfectorale et sa police que Florian « n’est pas un individu susceptible de s’amender et de renier ses opinions politiques ».
Libéré le 6 avril 1941, il fait l’objet d’une surveillance étroite de la police politique de Vichy : « … Il ne s’est pas fait remarquer depuis la dissolution du parti ; il semble attendre le moment propice… » note l’inspecteur FEUERSTEIN, de la 15ème Brigade Régionale de Police de Sûreté.
Le 24 septembre 1942, sur ordre du Ministère de l’Intérieur, une gigantesque rafle de personnes suspectes d’être communistes ou sympathisantes, est déclenchée en zone occupée. En Meurthe et Moselle, la gendarmerie arrête des dizaines personnes dont Florian OSVALD, qui seront internées pour une durée indéterminée au Camp de Séjour Surveillé d’ Ecrouves. La plupart des internés seront libérés petit à petit, après avoir signé un engagement sur l’honneur de « ne plus avoir de relation ni d’action politique avec le parti communiste…, (de) se rallier au nouvel ordre social et de respecter l’œuvre et la personne du Maréchal Pétain, Chef de l’Etat ». A Ecrouves, c’est le Commissaire Charles COURRIER en personne, le chef des Services Régionaux de Police de Sûreté, qui auditionne chaque interné dès son arrivée au camp. L’entretien avec Florian a lieu le 25 septembre. Il a marqué COURRIER qui en fait la relation suivante : « OSWALD refuse de signer l’engagement puis questionne sur ce qu’il serait fait d’un tel engagement, quelle portée pratique il aurait… Cette attitude est, en elle – même, suffisamment suggestive quant à son état d’esprit actuel. » Parce que « communiste convaincu » et « de tous temps, un fervent recruteur… », Florian restera enfermé à Ecrouves.
Dès lors, il va mener un double combat : avec l’aide de son avocat, Maître BOURJAULT de Nancy, exiger du Préfet Régional Jean SCHMIDT sa libération et affronter le directeur du camp d’Ecrouves, le capitaine CROPSAL, sur sa gestion des internés politiques, des personnels de garde et du ravitaillement.

En avril 1943, un jeune interné dénonce des propos en faveur de l’Union Soviétique qu’auraient tenus dans les ateliers et en chambrée trois internés dont Florian. Le Juge d’Instruction KAUFFEISEN lance un mandat d’arrêt sous l’inculpation de « propos de nature à nuire à l’esprit de la population » et Florian passe du camp d’Ecrouves à la prison Charles III. Il y reste jusqu’au 25 juin 1943, date à laquelle il réintègre le camp d’Ecrouves. Son dossier est examiné par la Cour d’Appel le 30 octobre 1943. Il contient un rapport à charge de Cropsal qui « montre très bien l’animosité qu’il y avait entre l’ancien directeur CROPSAL aujourd’hui en prison et moi… ». Autre rapport à charge, celui de Robert MASSART, inspecteur de la 15ème Brigade signalera à son chef, daté du 26 juin 1943, pour qui « OSVALD ne cachait avant guerre ses opinions politiques à personne… Durant son internement au Centre de Séjour Surveillé, il donnait d’une manière générale satisfaction dans son travail, mais il se faisait le porte paroles de ses co-détenus. Le directeur du camp le croit capable de prendre la tête d’un mouvement d’indiscipline… ». Le 20 novembre, la Cour d’Appel de Nancy le condamne à 2 mois de prison.

Le lendemain 21 novembre, avec 109 de ses camarades internés, il est transféré par train à Voves, un camp pour « les durs » situé en Eure et Loire, non loin de Chartres (3).

Le 3 avril 1944, le préfet régional André JEAN – FAURE, qui a succédé à Jean SCHMIDT en août 1943, prend un arrêté rapportant l’arrêté d’internement du 24 septembre 1942. De ce fait, Florian retrouve la liberté le 4 avril 1944. Il rejoint Nancy. Six mois plus tard, c’est la Libération de la ville.

Florian reprend ses activités militantes. Les 9 et 10 février 1945 se tient le congrès de l’Union Départementale des Syndicats Ouvriers de Meurthe et Moselle regroupant alors 150 syndicats et près de 70 000 adhérents. La proposition avancée par Marcel DUPONT, secrétaire de l’Union Locale CGT de Longwy, de renforcer le secrétariat de l’Union Départementale en en portant l’effectif à quatre est approuvée. Camille THOUVENIN et Florian OSVALD sont élus à ces postes de responsabilité.

(1) : L’orthographe du nom est OSVALD, en non OSWALD qui figure dans les rapports de police et les documents préfectoraux.
(2) : Il s’agit de l’Office de Placement des chômeurs, l’équivalent de notre « pôle emploi » actuel dans son principe.
(3) : Le camp de VOVES est bâti en 1939. L’armée allemande le restitue à Vichy en janvier 1942, pour y recevoir des internés venus d’autres camps de la zone occupée, la plupart « communistes convaincus ». A la suite d’une évasion collective – 42 internés - dans la nuit du 5 au mai 1944, 405 internés sont transférés à Compiègne puis déportés à Neuengamme et Hambourg. Parce que libéré le 4 avril, Florian échappera à la déportation


Sources :
Archives Départementales : 1739W4, 17939W20, 1860W34, 927W165 et 235
Amicale de Châteaubriant - Voves – Rouillé (site web)
Voix de l’Est Février 1945








Lettre de Florian Osvald, interné à la maison d'arrêt de Toul,  au Préfet de Meurthe et Moselle Nancy.



Maison d'arrêt de Toul, le 24 mars 1941

Monsieur Osvald Florian interné
à Monsieur le Préfet de Meurthe et Moselle Nancy

Monsieur le Préfet,
Arrêté à la suite de votre arrêté du 17 courant, à la maison d'arrêt de Toul pour une durée de 15 jours (quinze) et cela pour un délit que je n'ai pas commis, mais en qualité d'otage, j'ai l'honneur de vous demander de nous faire appliquer, à mes camarades et a moi, une amélioration à notre régime, car j'estime que n'ayant commis aucun délit, nous ne pouvons être considérés comme des prisonniers de droit commun .
Je vous demande donc ;
      
  1. La libre disposition de nos affaires personnelles, telles que ceintures de flanelle et de cuir, rasoir, stylo, etc...
  2. L'autorisation de recevoir notre famille, sur simple présentation de pièces d'identité et n'importe quel jour de la semaine, autrement que derrière une grille et hors de la présence d'un gardien.
  3. L'autorisation de fumer
  4. L'autorisation de recevoir des journaux ou des brochures
  5. Amélioration de la nourriture et autorisation de faire venir des aliments et boissons de l'extérieur.
  6. La libre disposition de la cour pendant le jour.
  7. Que les camarades qui seront arrêtés par la suite pour être internés ne soient plus traités comme des malfaiteurs et qu'en conséquence, les personnes chargées de les arrêter soient dispensées de leur mettre les menottes.
  8. Lors de notre élargissement, l'obtention d'un bon de transport pour notre retour à domicile, car, c'est le cas, certains de nos camarades sont dépourvus d'argent.
  9. Que toutes les demandes formulées ci dessus, soient valables pour les internés présentement et ceux à venir.
Je tiens à vous faire savoir que je fus mobilisé le 26 aout 1939 et démobilisé le 30 janvier 1941, et que mon internement n'est guère en rapport avec le nouveau mot d'ordre : Travail, Famille, Patrie.
Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma haute considération.

Osvald Florian, 102 Rue du Placieux Nancy











Germaine et Marcel VILMINOT, un couple résistant du groupe SIMON

Après la chute des groupes FTP commandés par Giovanni PACCI au cours de l’été 1942, Marcel SIMON, succédant à ce dernier comme responsable militaire régional, passé dans la clandestinité dès avril 1941, reconstitue des groupes FTP et réorganise un « réseau » de planques, notamment à Champigneulles et Nancy.
Le domicile des époux VILMINOT à Nancy, celui des époux OBERLIN à Champigneulles servirent de lieux d’hébergement et de rencontres pour les militants recherchés.

Marcel VILMINOT est né le 5 avril 1909 à Monthureux – sur - Saône, village du département des Vosges. Il exerce la profession d’ouvrier tailleur d’habits et le maître - tailleur qui l’emploie depuis 1935, Paul MULLER,  le considère comme un « très bon ouvrier ». Il épouse à Nancy, en janvier 1934, Germaine PINEL, née le 30 août 1912 à Gisors dans l’Eure. Elle exerce alors la profession de dactylo.
Ils demeurent au n° 53, rue Excelmans à Nancy. Une petite Nicole naît le 17 août 1935.
L’un et l’autre adhèrent au Parti Communiste et sont membres de la CGT. Ils participent aux actions et manifestations organisées à Nancy à partir de l’avènement du Front Populaire.
Les archives sont silencieuses sur la période de la « Drôle de guerre » et des débuts de l’occupation.

A la suite d’une distribution de tracts à Nancy et Vandoeuvre, le préfet ordonne une perquisition au domicile des époux VILMINOT. Elle est effectuée le 24 février 1941. Aucun document ou objet compromettant n’est trouvé. Malgré cela, estimant que Paul est un « militant communiste notoire, vendeur de l’Humanité », le commissaire spécial de Nancy propose, dans une note adressée au préfet le 1er mars 1941, de le faire interner. Un arrêté préfectoral d’internement administratif pour 15 jours à la Maison d’arrêt de Toul est publié le 6 mars 1941. Il est libéré à l’expiration de sa peine,
Un nouvel arrêté d’internement, de 30 jours cette fois, est publié par le préfet. Paul est écroué le 14 août à la Maison d’arrêt Charles III puis transféré le  26 août au Centre de Séjour Surveillé d’Ecrouves. Le 18 août, Germaine écrit au préfet régional Jean SCHMIDT : elle demande un permis de visite à son époux ainsi qu’une allocation lui permettant « de vivre, puisque le seul soutien que j’avais m’a été enlevé ». Sa situation est en effet devenue dramatique : elle a perdu son emploi après l’arrestation de son mari ; elle se trouve privée du salaire de Marcel. Elle est contrainte d’aller vivre  avec son enfant chez son père Eugène PINEL demeurant au 16 boulevard Foch à Laxou.
La réponse préfectorale sera double :
-          un troisième arrêté est pris le 13 septembre 1941 décidant l’internement « pour une durée indéterminée » des trois communistes Henri HEU, Pierre GAINVILLE et Marcel VILMINOT.
-          Le préfet délégué pour la Meurthe et Moselle ordonne à ses services, par note du 3 octobre, compte tenu que « Mme VILMINOT a une petite fille de 6 ans et se trouve dans un état de grossesse avancé. et (qu’) elle est sans ressource », de lui  « accorder l’allocation prévue par les instructions ».
Le chef du Camp d’Ecrouves se chargera, le 13 août, d’informer les internés de la décision préfectorale d’internement illimité. Il estime, dans son rapport au préfet régional du 14 août, que « … cette sentence a fortement agi sur le caractère de l’intéressé (Marcel VILMINOT). Il a mûrement réfléchi et ses conversations prouvent qu’il se désolidarise de toute emprise du parti… ». Quelques jours auparavant, le 8 septembre, il écrivait de lui : Vilminot a « un caractère sournois – propagandiste - s’impose par ses manières cauteleuses et  exerce une action insinuante sur les esprits des internés… Cet interné est entré en contact avec l’extérieur par l’intermédiaire d’ouvriers travaillant au Camp. Sa femme dactylo lui servant d’intermédiaire ». Nous ignorons dans quelles conditions s’est opérée sa libération.

Les époux VILMINOT sont de nouveau réunis. L’enfant attendu, qu’ils prénomment Gérard, naît le 1er avril 1942. Ils reprennent l’action clandestine. Ils mettent leur domicile au service des responsables recherchés. Seront hébergés en novembre et décembre 1942 notamment Marcel SIMON le responsable militaire régional FTP, son agent de liaison Bruna MARCHESINI, Boleslaw NADANY de Varangéville recherché depuis le 12 avril 1942, Olga l’agent de liaison avec Paris…. 

Le sabotage d’envergure opéré en gare de Champigneulles suivi d’un accrochage avec les gendarmes de cette localité, dans la nuit du 7 au 8 janvier 1943, vont déclencher toute une série de perquisitions  et d’arrestations dans les milieux réputés communistes de Champigneulles et Nancy, effectuées par la section anti communiste de la 15ème Brigade Régionale de Police de Sûreté et les forces de Gendarmerie. La SAC de la 15ème Brigade arrête Marcel le 10 janvier 1943, sa femme Germaine le 14. Ils sont écroués, elle avec son enfant de 10 mois qu’elle allaite, à la prison française de Charles III. Dans son rapport au préfet régional daté du 14 janvier, le commissaire divisionnaire Charles COURRIER, chef des Services Régionaux de Police de Sûreté établit pour chacune des personnes arrêtées à cette date les motifs d’inculpation. Marcel est désigné comme un « militant communiste notoire, homme de confiance du parti, déjà interné à Ecrouves » ; « il a favorisé leurs agissements coupables (de Marcel SIMON, Boleslaw NADANY) en les hébergeant chez lui ». Germaine est inculpée du même délit de « recel de terroristes », ayant aussi organisé, chez elle, en absence de son mari, des contacts entre Marcel SIMON et Olga, l’agent de liaison venu de Paris.
Quelques jours après, la SIPO und SD de Nancy se saisit de l’affaire c'est-à-dire des dossiers établis et des personnes arrêtées par la 15ème Brigade qui passent au quartier allemand de Charles III (1).  
Le Kommandeur de la SIPO und SD SCHMAELING adresse le 28 janvier 1943 une directive au préfet régional lui intimant l’ordre de faire prendre en charge « sans retard » le bébé « par le service compétent et le confier à une pouponnière ». Dans l’urgence, l’Inspection de l’Assistance Publique va s’occuper de l’enfant qui sera peu de temps après confié au grand - père. Une note du service des Réfugiés de la préfecture datée du 3 février 1943 précise : « Leurs deux enfants, Nicole… et Gérard… sont à la charge de leur grand - père…Les allocations correspondantes lui sont versées. »

Marcel est transféré au camp d’Ecrouves le 8 mars puis au Frontstalag 122 de Compiègne le 10 mars. Il est déporté à Mauthausen dans le convoi du 20 avril 1943. Il aura le numéro matricule 28 657.Il est affecté à Wiener Neustadt puis à Schlier – Radl –Zipf le 30 octobre 1943 pour revenir au camp central le 2 avril 1944. Il est gazé à Hartheim – le lieu d’extermination des déportés malades ou affaiblis -  le 12 août 1944.

Germaine est transférée à Romainville. De Compiègne, elle est déportée à Ravensbrück dans le convoi du 28 avril 1943, avec d’autres membres des groupes PACCI et SIMON. Elle aura le numéro matricule 19 276. Elle rentrera de déportation. Elle continuera d’élever, désormais sans Marcel, ses deux enfants Nicole et Gérard.

(1) : Dès juillet 1940, la Feldkommandantur 591 de Nancy réquisitionne pour ses propres besoins une partie de la Maison d’arrêt Charles III. L’administration pénitentiaire française n’a aucun droit de regard sur les personnes écrouées par les autorités d’occupation dans ce quartier allemand.

Sources :
Archives départementales : WM 330, 1739 W 11, 927 W
Livre Mémorial de la déportation (convois du 20 avril 1943 pour Mauthausen et du 28 avril 1943 pour Ravensbrück)
Monument Mauthausen III (Fiche individuelle Marcel VILMINOT)






Charles BERNASCHINA, "une noble figure de Nancy", un "trésorier modèle" du parti (1)


Charles BERNASCHINA est né à Nancy le 5 septembre 1890.
Après la première guerre, il tient avec sa compagne un café – restaurant, dans le quartier Saint Nicolas.
Il adhère au Parti communiste et fonde la cellule du quartier Saint Nicolas. Il est également adhérent au syndicat CGT des cafetiers de Nancy. « Il rendait de multiples services aux gens de son quartier », notamment en faisant de nombreuses démarches administratives en faveur des travailleurs immigrés et de leurs familles.
Avec l’avènement du Front Populaire, il est élu membre du Bureau Régional et trésorier de la section de Nancy. A Nancy, il est responsable de l’organisation de la plupart des meetings, bals et fêtes. Il est aussi l’organisateur de la fête champêtre du journal du PCF, « la Voix de l’Est », qui se tient, à partir de 1936, chaque année au mois d’août, sur une prairie de la Californie à Jarville. « Il savait diriger nos camarades pour qu’ils accomplissent un travail efficace, pour la réussite matérielle et financière de toutes nos entreprises et ainsi augmenter les fonds de notre caisse. » (1)
Charles prend une part très active – mais discrète - aux actions d’aide à l’Espagne Républicaine, notamment en organisant le ravitaillement en tabac des miliciens puis la mise en œuvre matérielle de l’Association des Familles de Volontaires de la Liberté.
Il est désigné candidat aux élections cantonales d’octobre 1937, pour le canton de Nancy Sud où il améliore sensiblement les résultats du PCF.
En 1939,  le Front Populaire s’est disloqué ; la répression patronale consécutive à la grève de novembre 1938 s’est abattue sur des dizaines de militants communistes de la CGT ; une campagne de presse virulente se développe pour demander l’interdiction du PCF. Le maire de Jarville prendra un arrêté d’interdiction de la fête de la Voix de l’Est, au prétexte d’éviter des désordres à l’ordre public. Charles conduira une délégation auprès du Préfet de Meurthe et Moselle qui obtiendra la levée de l’interdiction municipale. La fête aura bien lieu à la Californie en août 1939 ; ce sera la dernière. Le 26 septembre 1939, le décret loi Daladier met le Parti Communiste hors la loi.
En application d’un arrêté préfectoral d’internement administratif, Charles est appréhendé en juin 1940 par la police de Nancy et, les circonstances de la débâcle s’imposant, interné au camp de Château – Sablon en Dordogne ; il s’en évade en octobre et parvient à rejoindre Nancy. Il reprend contact avec la direction clandestine du parti, notamment avec le responsable politique régional, Hubert SENSIQUET, qui lui confie la responsabilité de reconstituer le parti clandestin dans les Vosges, avec son camarade et ami Jean EGGEN. Charles passe dans la clandestinité et renoue des contacts avec des communistes vosgiens.
Il est arrêté par la 15ème Brigade Régionale de Police Judiciaire à Saint Dié le 6 octobre 1941 et enfermé à la prison Charles III à Nancy. Traduit le 25 octobre 1941 devant la Section Spéciale près de la Cour d’Appel de Nancy, il est condamné à 2 ans de prison pour « activité communiste en complicité » avec Jean EGGEN.  A Charles III, il contracte une grave maladie : « C’est grâce au dévouement de quelques camarades du Parti qu’il a pu être sauvé de la mort » (1). Guéri, il est transféré le 24 mars 1942 à la Centrale de Clairvaux.
A la fin de sa peine le 25 octobre 1943, les Allemands se saisissent de lui et le transfèrent à Compiègne. Il est déporté à Buchenwald par le convoi du 14 décembre 1943 et y sera inscrit avec le matricule 38881
Les conditions de vie au camp l’affaiblissent et occasionnent une rechute. Il décède le 1er mars 1944.
Un article nécrologique lui sera consacré dans « la Voix de l’Est » du 29 juillet 1945, signé « E.J. », probablement EGGEN Jean.

Sources :
(1) : Voix de l’Est du 29 juillet 1945, article de Jean EGGEN
Banque de Données de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation
Voix de l’Est (1935 – 1939)
Archives Départementales (1860W 14 à 22)


Andrée et Henri Heu: un couple de combattants pour la dignité

Henri HEU est né le 21 août 1906, à Pont à Mousson, dans une famille ouvrière.
Il passe son enfance dans cette ville et acquiert la qualification de menuisier – ébéniste. Il s’y marie le 10 août 1928, avec Andrée DROIT, née le 8 juin 1908 dans cette ville, quelques mois après son retour du service militaire de 18 mois qu’il a effectué comme 2ème canonnier au 20ème Bataillon d’Artillerie. De cette union va naître un enfant qu’ils prénomment Jean.

Henri se syndique très jeune à la CGT et milite aux Jeunesses Communistes. Ils adhèrent ensemble au Parti Communiste et au Secours Rouge International. Avec la victoire du Front Populaire en juin 1936, de nouvelles responsabilités sont confiées à Henri qui conduisent le couple à s’installer à Nancy, au n° 93 de la rue de Strasbourg. Il est élu secrétaire de cellule des quartiers Saint Pierre et Bonsecours et secrétaire départemental du Secours Populaire Français (qui vient de succéder au Secours Rouge International). Il est délégué au congrès départemental du parti qui se déroule en 1937 à Neuves Maisons, préparatoire du Congrès national d’Arles.

Il est mobilisé le 24 août 1939 au 120ème Régiment d’Artillerie à Epinal. Il est sérieusement blessé à la colonne vertébrale en juin 1940, raison pour laquelle l’internement comme Prisonnier de Guerre en Allemagne lui est épargné. Il est démobilisé le 14 octobre 1940. Dès son retour à Nancy, il est soumis à une étroite surveillance de la police.

La multiplication des diffusions de tracts dans l’agglomération nancéienne à partir de la reparution en janvier 1941 de la Voix de l’Est clandestine en fait un « suspect ». Sur la foi d’une dénonciation anonyme et sur proposition du Commissaire de police spéciale de Nancy faite le 14 février 1941, le Préfet Jean SCHMIDT prend le 17 février un arrêté d’internement à l’encontre d’Henri. Arrêté le 20 février, il refuse de signer la notification d’internement et va passer 15 jours à la prison Charles III. Pourtant, la perquisition effectuée à son domicile n’avait apporté « aucune documentation ou objet d’origine suspecte. Néanmoins, nous saisissons un agenda sur lequel figurent des listes de souscription se rapportant au Parti Communiste mais qui pourraient être antérieures au décret – loi du 26 septembre 1939 » prononçant la dissolution du parti et interdisant toute activité communiste.

Le Préfet prend, le 11 août, un second arrêté d’internement administratif, d’une durée de 30 jours à la maison d’arrêt de Toul. Henri est arrêté le 14 août et enfermé non à Toul mais au Centre de Séjour Surveillé d’Ecrouves. Il ne signe pas sa notification et adresse, le 16 août, une lettre de protestation véhémente au Préfet contre son « traitement arbitraire », rappelant qu’il a accompli « son devoir de Français », qu’il a été « blessé à la colonne vertébrale et à la jambe gauche » et que « cette injustice doit être réparée ». Sa femme écrit au Préfet le 19 août, afin d’obtenir l’autorisation de le voir. Voici l’avis du chef du camp d’Ecrouves sur Henri figurant dans un rapport au Préfet établi le 8 septembre 1941 : « Bien qu’il s’emploie à tous les travaux, exécute les corvées parce qu’il faut s’incliner devant la force…, il exerce une influence néfaste et prépondérante sur GAINVILLE et VILMINOT », ses camarades internés avec lui. Il leur aurait tenu les propos suivants : « Quand je serai rentré, je ferai connaître comment le camarade SCHMIDT abuse des arrestations arbitraires et avant d’y retourner, il y en aura quelques uns de descendus. »

Le 13 septembre, Jean SCHMIDT prend un troisième arrêté prolongeant l’internement « jusqu’à nouvel ordre ». Marie HEU demande, par lettre du 16 septembre, les motifs de cette arrestation et de cet enfermement illimité… sans réponse. Dans ces conditions, il est fort possible que l’échec de l’action menée par 14 Francs Tireurs et Partisans dans  la nuit du 14 au 15 avril, pour libérer un maximum de militants internés, ait conduit Henri à organiser lui-même son évasion.

Le 24 avril 1942, avec son camarade Raymond RUFFET, ils sont portés manquants. Leur évasion était bien préparée. Henri s’est échappé en emportant l’essentiel de ses effets personnels. Ils sont donc recherchés et désormais devenus des clandestins, planqués dans un premier temps à Neuves – Maisons puis à Nancy.

Henri participe à plusieurs actions avec Marcel SIMON, dont la plus spectaculaire est le sabotage du pont levant de Malzéville le 30 avril 1942. Il est arrêté par la Geheime Feld Polizei (1) le 26 mai 1942, dans la vague d’arrestations des membres des groupes de Francs Tireurs et Partisans commandés par Giovanni PACCI.

Jugé par le Tribunal Militaire Allemand de Nancy, il est condamné à la peine capitale  pour « antécédents communistes ; détention illégale d’armes, munitions et explosifs ».

Il est fusillé au champ de tir de la Malpierre (territoire de Champigneulles) le 21 juillet 1942 à 6 heures, avec 12 de ses camarades FTP des groupes du sud de la Meurthe et Moselle (Charles BIHLER, Gaston FEHRINGER, André PACAULT, Raymond RUFFET, Alfred SCHNEIDER, Marcel SIMON (homonyme du responsable militaire des FTP qui succédera à Giovanni PACCI, Hubert WEISS et Joseph WLODARCZYK).

Marie sera arrêtée par la GFP peu de temps après l’évasion d’Henri et déportée « Nacht und Nebel » (Nuit et Brouillard) le 9 juillet 1942. Elle sera enfermée dans les prisons de Cologne, Rheinbach puis de nouveau à Cologne. Elle y sera jugée, condamnée à la peine capitale pour « avantages procurés à l’ennemi » et exécutée le 11 mai 1944, en même temps que ses camarades Marie – Louise BIRGY et Solange VIGNERON.

Leur fils Jean a été pupille de la Nation.

Marie et Henri HEU, un couple de militants et résistants, morts pour leur idéal et pour la France.


(1) : GFP ou Police Secrète de Campagne

Sources :
·         Archives Départementales de Meurthe et Moselle. 
·         « Des héros anonymes. Ces soldats inconnus de la Résistance de Meurthe et Moselle 1941 – 1944 » réalisé par les Amis de La Fondation pour la Mémoire de la Déportation. Délégation territoriale de Meurthe- et – Moselle et Comité du Pays Haut et par la FNDIRP de Meurthe et Moselle en 2011 (Nancy, 64 pages).
·         Livre Mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.
·         « Nuit et Brouillard, l’opération terroriste nazie, 1941 – 1944 », de Karol JONKA et Alfred KONJECZNY, Documentation Historique, avril 1981, 582 pages.





Une famille de résistants nancéiens:
 Marie, Albert et Serge Durivaux.



Marie, Constance BARBE est née à Mandray (Vosges) le 2 novembre 1898.
Albert DURIVAUX est né le 10 octobre 1898 à Nancy.
Tous deux sont issus du milieu ouvrier.

Marie entre en juin 1935 comme  secrétaire administrative auxiliaire au Service Régional des Assurances Sociales à Nancy ; Albert est peintre en bâtiment. Ils se marient, s’installent au 40, rue Molitor à Nancy. De leur union naît Serge, le 23 janvier 1928. 

Avant guerre, les époux sont des militants communistes, syndiqués à la CGT, engagés dans les organisations de masse du Front Populaire. Marie milite activement au comité des Femmes contre la Guerre et le Fascisme ; elle est trésorière du Comité local du Secours Populaire. Albert est trésorier du syndicat des ouvriers du bâtiment de Nancy. Mobilisé, blessé par un éclat d’obus, il est démobilisé à Marseille le 11 novembre 1940 et rejoint Nancy.

Le développement des distributions de tracts communistes à Nancy dès le début de l’occupation amène le Préfet Jean SCHMIDT à prendre une première mesure d’internement administratif contre Albert, datée du 6 mars 1941, d’une durée de 15 jours à la prison de Toul. Il est arrêté le 21 mars par la Police de Sûreté, refuse de signer sa notification d’internement et est emprisonné à Toul jusqu’au 27 mars. Malgré une perquisition menée sans aucun résultat le 12 novembre au domicile du couple, le Préfet fait réinterner Alfred au Camp de Séjour Surveillé d’Ecrouves, pour une durée indéterminée cette fois, par arrêté du 25 novembre 1941. Dans une note qu’il adresse le 27 novembre à la Feldkommandantur  591 de Nancy, Jean Schmidt écrit au Feldkommandant Von Bock: « …l’internement du mari constitue une leçon et un avertissement. Il constitue aussi une mesure de sécurité ». Marie se retrouve seule, avec son fils. Ce dernier fait des études au Lycée Poincaré, où il est considéré comme un très bon élève.

Marie est étroitement surveillée depuis le 13 mars 1940, date à laquelle le Ministre du Travail « maintient l’intéressée à son poste, tout en exerçant une surveillance sur ses actes et propos… ». Bien qu’au cours de la période 1936 – 1941, le Directeur l’ait jugée « excellente employée », le Préfet demande à ce dernier, par lettre confidentielle datée du 2 octobre 1941, de renforcer la surveillance de  deux militantes communistes d’avant guerre : Marcelle Désirat et Marie Durivaux. Par lettre du 20 octobre, il lui répond : « …Mme Durivaux, sur qui une étroite surveillance est exercée, n’a donné lieu, jusqu’à ce jour, à aucune critique dans son travail, son attitude et ses propos… »  . La surveillance est exercée aussi par la 15ème Brigade Régionale de Police de Sûreté et les RG sur ordre du Procureur Général à Nancy daté du 1er décembre 1941. Les services de sécurité allemands sont destinataires de tous les rapports la concernant.  

Marie fait partie de l’organisation clandestine de résistance communiste depuis l’automne 1940. Avec Marie – Louise Birgy et Marcelle Désirat, elle constitue l’appareil technique mis en place pour l’édition de la presse clandestine, notamment la Voix de l’Est dont le N° 1 paraît en janvier 1941. Elle prend part aux réunions préparatoires de l’opération visant à libérer les communistes internés à Ecrouves : dans la nuit du 14 au 15 avril 1942, 14 FTP  participent à l’action mais elle échoue. Marie assure aussi la liaison à Nancy entre Marcel Simon – responsable de trentaine à Nancy (1) - et Giovanni Pacci – responsable militaire régional des groupes de Francs Tireurs et Partisans (2) -. Son fils Serge lui prête parfois main forte.

Le 4 septembre 1942, après que la 1ère Brigade de Police de Sûreté de Paris ait trouvé son adresse dans une liste de destinataires de la presse clandestine du Parti, Marie est arrêtée sur son lieu de travail à 11 heures 30 par la police allemande et incarcérée au quartier allemand de la prison Charles III (rapport du chef du service des RG à Nancy, du 5 octobre 1942 au Préfet). Elle est transférée à Paris puis déportée « Nuit et Brouillard » dans le convoi du 3 décembre 1942 à destination d’Aix la Chapelle. Elle passe dans les prisons allemandes de Flussbach puis Lauban. Jugée par le tribunal spécial de Breslau, elle est condamnée à mort pour « avantages procurés à l’ennemi » et guillotinée le 24 août 1944 à 18heures 14.

Son fils Serge est également arrêté par la police allemande, pour avoir « accueilli place Stanislas pendant un mois et demi au printemps 1942 » des militants recherchés (tels Giovanni Pacci, Narcisse Ippolito, Henri Heu qui seront fusillés à La Malpierre). La FK de Nancy demandera, par note au Préfet du 22 septembre 1942, de prendre les « mesures d’éducation appropriées » à l’égard de Serge parce qu’il « a été employé à l’exécution d’ordres communistes », « afin qu’il ne soit plus exposé à la mauvaise influence du communisme ». Sur avis de l’Inspecteur des Services de l’Assistance Publique du 24 novembre, le Préfet propose de confier l’adolescent à sa tante qui réside 24, rue de Dieuze à Nancy ou, en cas de difficulté, de le placer en internat au Lycée.

Albert est libéré d’Ecrouves le 30 janvier 1943. Le père retrouve son fils. Ils ignoreront jusqu’à la Libération le sort réservé à Marie.

(1)   : La trentaine est composée de 10 groupes de 3 militants appelés « triangles » ; chaque triangle a un responsable qui n’a de contacts qu’avec les autres responsables de triangle, par mesure de sécurité. Ils assurent la confection, le tirage et la distribution des tracts, la collecte des fonds d’entraide et solidarité, l’organisation des « planques » et du « service sanitaire », …
(2)    : Appelés aussi groupes de « voltigeurs », composés également de groupes de 3 militants mais ils sont armés. Leur sont confiées l’organisation et la réalisation d’opérations comme le cambriolage de mairies ou débits de tabac, le sabotage  des voies de communication et d’installations ou matériels travaillant pour l’Allemagne, les attentats à l’explosif contre les permanences des partis collaborateurs, …

Sources : Archives Départementales de Meurthe et Moselle ; « Nuit et Brouillard, NN, L’opération terroriste nazie 1941 – 1944 » de Karol Jonka et Alfred Konieczny, Editions Documentation Historique, 1981 ; Fondation pour la Mémoire de la Déportation (transport Paris / Aix la Chapelle du 3 décembre 1942)

Marcel SIMON

L'émission de lundi 9 janvier est telechargeable sur le site de RCN:
http://www.rcn-radio.org/ et sur www.fulbertlaclanche.fr/sons.htm


Son nom a été donné à une place du quartier du Faubourg des Trois Maisons (1).

Il est y est né le 4 février 1913,  y a fréquenté l’école primaire puis fait son apprentissage pour devenir chaudronnier.
A la naissance de son  petit garçon, il s’installe avec sa compagne Marie au 84, rue du Faubourg des Trois Maisons.

Marcel SIMON devient un militant du PCF : sous le Front Populaire, il est secrétaire de la cellule d’entreprise où il travaille – la Mécanique Moderne qui emploie environ 150 salariés – et milite avec sa femme à la cellule du quartier du Faubourg.
Il est licencié le 30 novembre 1938 pour avoir répondu à l’appel à la grève de la CGT contre les décrets Daladier (2), avec 79 de ses camarades. C’est une des rares entreprises de Meurthe et Moselle où la participation à la grève a été majoritaire. La Direction réembauchera 77 des salariés grévistes mais pas lui, estimant que la journée du 30 novembre « a plutôt provoqué une régression de l’influence syndicale… ».

Fait prisonnier, il s’évade en juillet 1940 du train qui l’emmène en Allemagne, se blesse à cette occasion mais réussit à rejoindre Nancy. Il se marie en février 1941. Le 25 avril 1941, il est arrêté puis condamné le 28 juin 1941 par le Tribunal Correctionnel de Nancy à 4 mois de prison à Charles III, pour « activité communiste ».  A sa sortie, il passe dans la clandestinité.  La Section Spéciale auprès de la Cour d’Appel de Nancy le condamne, par contumace, le 4 octobre 1941, à 10 ans de travaux forcés pour « menées communistes ». Recherché, il organise dans la région nancéienne les premiers groupes de saboteurs FTP sous la direction de Giovanni PACI d’Auboué, fait partie du groupe qui dérobe 425 kg d’explosifs à Ludres et dès lors, organise toute une série de sabotages dont le plus spectaculaire est celui du pont levant de Malzéville le 30 avril 1942.

Après le démantèlement de la plupart des groupes de Francs Tireurs et Partisans (3) par la police française et les services de sécurité allemands et de l’exécution de leurs membres dont PACI le 29 juillet 1942, Marcel SIMON prend le relai et devient le nouveau responsable militaire régional. Il reconstitue de nouveaux groupes dans le bassin de Briey (Homécourt et Piennes) et le secteur de Nancy. De nombreux sabotages sont à leur actif. C’est à la suite du plus important d’entre eux opéré dans la nuit du 7 au 8 janvier 1943 en gare de Champigneulles que la XVème Brigade Régionale de Police de Sûreté réussit à identifier et arrêter beaucoup des membres des groupes FTP. La tête de Marcel SIMON est mise à prix : un avis de recherche avec sa photo est publié deux fois dans l’Echo de Nancy (4), le  19 janvier et le 9 mai 1943.
 
A la suite d’une dénonciation, le campement établi par Marcel Simon avec 3 jeunes vosgiens réfractaires au STO (5) en forêt de Haye est cerné par la XVème Brigade le 11 mai 1943. Marcel Simon est pris dans la souricière et exécuté de 5 balles dans l’abdomen, la police s’estimant en état de légitime défense.

L’Humanité clandestine du  1er juin 1943  dénoncera le commissaire Charles Courrier, chef des services régionaux de police de sûreté, un des deux policiers à avoir tiré, et appellera à venger Marcel Simon. Courrier sera félicité par le responsable de la SIPO / SD - Kommando (6) de Nancy le 17 mai 1943,  promu Intendant de police de la Région Bourgogne en juin 1944 et finalement exécuté par la Résistance bourguignonne le 2 septembre 1944.

Ainsi que le mentionne la plaque commémorative de la place du Faubourg des Trois Maisons, Marcel Simon a bien été exécuté…  par la police politique de Vichy. Militant ouvrier, militant communiste, patriote combattant, toute sa vie, sa courte vie, il aura lutté contre toutes les formes d’oppression.

Sources : Archives Départementales de Meurthe et Moselle, l’Humanité clandestine (Editions Sociales, 1975),  Echo de Nancy (1940 – 1944), Voix de l’Est (journal régional hebdomadaire du PCF),  Le Réveil Ouvrier  (journal des syndicats CGT de Meurthe et Moselle), « Antifascisme et Parti Communiste en Meurthe et Moselle, 1920 – 1945 » de Yves et Jean – Claude Magrinelli (SNIC, 1985), « L’Echo de Nancy » de D. Evanno (mémoire de maîtrise Nancy II)

(1)    : Le «  Faubourg des Trois Maisons » est un quartier de Nancy à forte population ouvrière en raison des nombreuses industries installées dans le secteur (mécaniques, électriques, du cuir et agro alimentaires).
(2)    : Ensemble de décrets – lois pris à l’automne 1938 visant à remettre en cause un certain nombre de « droits acquis » en juin 1936, au prétexte de la préparation de guerre qui exigerait des sacrifices, notamment par des dérogations aux 40 heures hebdomadaires, au régime des primes au rendement… La presse dans sa quasi-totalité présentera la grève de la CGT comme une « grève politique », voulue par le Parti Communiste pour protester contre les accords de Münich, qui « sauvaient la paix » au prix de l’abandon de la Tchécoslovaquie à Hitler.
(3)    : Groupes composés de trois « voltigeurs » armés, affectés notamment aux actions de sabotage.
(4)    : Seul quotidien autorisé à paraître, contrôlé directement par l’Occupant, édité à Nancy avec les presses de l’Est Républicain.
(5)    : Service du Travail Obligatoire en Allemagne imposé aux hommes de 18 à 50 ans et aux femmes célibataires de 20 à 35 ans par la loi du 4 septembre 1942.
(6)    : Service de police de sécurité allemand  

  




4 commentaires:

Anonyme a dit…

Merci aux camarades ayant travaillé sur ces éléments de repère pour les militants.

BENDAOUD julien a dit…

bravo!

Michel Jean Urtebize a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Michel Jean Urtebize a dit…

Mon grand-père de Nancy, les gendarmes l'arrête en 1940 et il est conduit à Fanlac en Dordogne au camp du Sablou. Il reviendra un an plus tard en passant par d'autres camps. il était un indésirables Français mais avant tout mon grand-père.